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December 26, 2015

10 artistes à suivre en 2016

C‘est l’instant "boule de cristal". Qui va être la révélation de l’année qui vient de commencer ? Nous parions sur dix nouvelles têtes que nous avions repérées dans les starting-blocks en 2015. Rock, techno, pop, soul, hip-hop, et même parfois un peu de tout cela à la fois. Les artistes que nous avons choisis symbolisent l’ouverture d’esprit qui nous anime depuis le début de Tsugi. Il y en a pour tous les (bons) goûts. On se donne rendez-vous en décembre pour voir si nos prédictions ont été bonnes.

– Patrice Bardot


 

*L’illustration a été réalisée avec tendresse par le très talentueux Simon Landrein. Son travail est à découvrir ici.


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December 26, 2015

Bjarki

Photo by Atli Thor

Bang, bang, bang, bang." Pas besoin de vous faire un dessin. Le sample vocal au milieu de "I Wanna Go Bang", à ce jour son plus "gros track", résume bien l’objectif de la techno de Bjarki : faire mal, très mal même. Le beat est sourd, puissant, hypnotique. La composition est on ne peut plus minimaliste. Ce qui n’empêche bizarrement pas une certaine rondeur, voire une chaleur dans la production. Comme si nous étions en direct des forges de l’enfer. Normal puisque Bjarki Runar Sigurdarson vient d’Islande, où le volcan Hekla (inspirateur de Jules Verne dans Voyage au centre de la Terre) est justement censé être la porte d’entrée de ce fameux enfer. Bon, c’est une légende, et Dieu ou le Diable nous gardent d’aller vérifier sur place la véracité du mythe. D’autant plus qu’avec ce jeune homme, musicalement, nous sommes proches du paradis techno. Sa première apparition date de 2014, où on le repère sur une compilation de Trip, le label de Nina Kraviz, qui l’a découvert sur une démo. Aujourd’hui exilé volontaire à Copenhagen, l’Islandais est entré dans la techno par un grand frère qui lui a fait écouter Prodigy et les Chemical Brothers. Rien de très original pour ce jeune homme discret, qui n’aime rien tant que rester chez lui pour écouter des disques. Ce n’est que depuis juillet dernier et la sortie de son maxi Arthur And Intergalactic Whales, toujours sous le haut patronage de la respectée Russe, que Bjarki commence à flirter avec la cour des grands. L’intitulé du maxi, tout en poésie, n’est finalement pas si éloigné de l’impression étourdissante que dégage cette techno martiale et radicale. Si on l’a vu cet automne passer au lance-flammes la Plage du Glazart, 2016 devrait le voir grimper sur de bien plus gros line-up. Constituant ainsi une alternative intéressante aux sempiternels Rødhåd, Marcel Dettmann ou Ben Klock, qui semblent être souvent les seules inspirations possibles lorsque l’on veut de la techno qui bastonne avec classe.

– Patrice Bardot / @patbardot

*Crédit photo : Atli Thor

 

 

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December 26, 2015

Money

Tsugi-Espoir-2016-Money

Le passé musical de Manchester fait qu’on finit par s’attacher à cette ville comme on supporte un club de foot, de manière irrationnelle. Et c’est peut-être pour ça qu’en 2013, on a tout de suite parié sur Money lors de la sortie de leur premier album, The Shadow Of Heaven. La beauté de chansons comme "Letter To Yesterday", "Hold Me Forever" ou "Bluebell Fields" nous semblait évidente. Mais si leur chanteur, Jamie Lee, se montrait capable d’écrire des textes d’une réelle poésie, il avait aussi un lourd problème d’alcool qui, mêlé a la frustration née de l’échec commercial du disque, a mené son groupe au bord de la séparation. C’est grâce à leur producteur Charlie Andrew que le trio a trouvé son salut. C’est lui qui a proposé au leader de Money de s’éloigner de Manchester, dans laquelle il se noyait dans l’alcool, pour aller enregistrer à Brixton. Extrêmement personnel, leur deuxième album, Suicide Songs, raconte l’histoire d’un homme qui a caressé de trop près l’idée d’en finir avec la vie. Ce disque est par ailleurs le résultat d’un travail à distance. Jamie Lee écrivant ses textes et les enregistrant à Brixton, tandis que les autres membres du groupe continuaient de composer à Manchester. Un ping-pong créatif dont on ne se rend heureusement pas compte en découvrant ce disque. Leur musique n’était pas si éloignée de Youth Lagoon et leurs talents de conteur rappelaient Villagers. C’est toujours le cas sur ce deuxième album. Ce qui pourrait être une complainte adolescente est sauvé par la poésie des textes et le lent déploiement des compositions. Le produit d’un ensemble guitare et cuivres, parfois relevé de quelques notes de piano, comme sur le single "You Look Like A Sad Painting On Both Sides Of The Sky". Une acoustique particulière qui, comme sur le premier album, laisse penser que tout a été enregistré dans une église, bien que cette reverb soit le fruit du travail de Charlie Andrew en studio. Avec la mélancolie comme fond de commerce, Money s’est sauvé de la folie.

– Valentin Allain / @doilooksnob

 

 

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December 26, 2015

Quadrupède

Tsugi-Espoir-2016-Quadrupede

Quadrupède nous a séduits avant même que l’on découvre sa musique. Il faut dire qu’en envoyant en guise de dossier de presse un gif d’un "streaker" nu maquillé façon black metal, les Manceaux ont eu vite fait d’accrocher l’attention. Un petit tour sur leur Bandcamp et l’impression positive s’est confirmée. On peut notamment y acheter une clé USB raquette de ping-pong, un objet funambule sur la fine ligne de démarcation entre le très cool et le très plouc. De quoi laisser présager un clone de Salut C’est Cool. Heureusement Quadrupède est plutôt un groupe qui sait parfaitement doser la dérision et éviter le ridicule en s’appuyant sur des morceaux math-rock bien solides. Math-rock ? Un sous-genre à peine évoqué qu’il fait déjà résonner "Atlas" de Battles dans l’esprit des initiés. Résumons le concept développé par ce cousin intello du noise : batterie martiale, expérimentations à base de guitares blindées d’effets et délires électroniques. Dans la glorieuse lignée développée par les Français de Marvin ou Electric Electric, les deux Manceaux de Quadrupède perpétuent la tradition d’une certaine sauvagerie élégante. Avec Togoban – son gros EP ou petit album, on ne sait pas trop comment le présenter –, Quadrupède développe des sonorités plus électroniques que celles de ses aînés, osant l’ajout d’un launchpad, de samples et de nappes dignes d’Aphex Twin pour finalement créer un hybride inédit. Mondkopf avait jeté ses influences metal dans une marmite de techno. Voila que Quadrupède tente le même genre de mélange en glissant de l’électro dans son math-rock. Aussi subtil que percutant, le résultat est d’un naturel déconcertant, comme si ces deux genres étaient faits pour se rencontrer. Comme toujours, moins l’hybridation est visible, plus elle est réussie. Chez Quadrupède, elle est particulièrement discrète. On ne peut qu’espérer que les Manceaux nous préparent un bon album pour 2016.

– Thibault Strzelczyk / @thibmcqueen

 

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December 26, 2015

Ravyn Lenae

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Le public a toujours été fasciné par les petits prodiges, les enfants stars, les talents précoces, quitte à ce que ceux-ci amassent un paquet de pognon avant leur majorité, passent de la maison Disney aux maisons de repos, tombent dans la drogue en sortie de tournage d’un film avec un alien ressemblant à une crotte, ou intentent des procès à leurs parents peu scrupuleux. Souhaitons à la toute jeune Ravyn Lenae, 16 ans à peine, d’éviter le destin tragique des Drew Barrymore, Britney Spears, Macaulay Culkin et autres Jordy. À en juger par la maturité de ses premiers pas musicaux, on l’imagine plutôt mener sa barque aussi habilement que Beyoncé plutôt que finir dans le caniveau et les tabloïds torche-cul. Ce qui frappe en premier chez Ravyn Lenae (bon, juste après ses photos où on lui donnerait bien dix ans de plus), c’est sa voix, d’une douceur sans pareille et d’une sensualité tout en retenue. Rien à voir avec les divas hurleuses et les minauderies habituelles du R&B. Un organe divin qui traverse avec élégance son premier EP sorti cette année, Moon Shoes. Aux manettes de ce disque on trouve Monte Booker, jeune producteur américain qui a produit un autre des talents potentiels éclos cette année, le rappeur Smino (qui a eu droit comme Ravyn aux honneurs de notre rubrique "La relève"). Les deux Chicagoans ont bâti ensemble un premier effort délicat qui ne joue jamais des coudes, ne tourne jamais à la démonstration, que ce soit côté voix ou côté production, tout en légèreté percussive et en soul duveteuse. On aime aussi quand les deux comparses s’ébrouent dans des remous house comme sur "Free Room" où les claviers sautillants et la voix presque rappée de la jeune femme sont d’une grâce infinie. Seize ans seulement et déjà tant de promesses.

– François Blanc / @BibouBu

 

 

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December 26, 2015

Dani Shivers

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On aurait bien aimé rencontrer physiquement Dani Shivers. Seulement voilà, le terrible 13 novembre est arrivé. Et la Mexicaine n’est jamais montée dans l’avion qui devait l’emmener à la résidence 2015 de la Red Bull Music Academy annulée précipitamment à la suite des attentats de Paris. Ce n’est que partie remise. On l’espère. Si on l’avait repéré parmi les jeunes présélectionnés de cette année, c’est aussi grâce aux activistes du Mans de Cranes Records, qui ont sorti son album Jinx en 2013. Magie de la mondialisation, on peut être de Tijuana au Mexique et être repérée par un label de la Sarthe. Cranes (The Dead Mantra, The December Sound…) est d’ailleurs resté fidèle à Dani en sortant il y a quelques semaines son nouveau disque Syzygy. Deuxième volume d’une trilogie qui devrait se clore en 2016. À 23 ans, la jeune femme est passée maîtresse dans l’utilisation de synthés Casio vintage à l’allure de jouets (pour les spécialistes, deux Casiotone MT-40 et MT-28), dont elle tire des sons hallucinants qui nous ramènent parfois vers la witch house, même si elle préfère parler de "spooky pop". Car on frissonne beaucoup en écoutant Dani Shivers. De plaisir bien sûr, mais aussi d’effroi, tant elle tisse des climats inquiétants et sombres malgré l’aspect ludique de ses compositions. Si elle avoue comme grosse influence le metteur en scène et compositeur John Carpenter, Dani a aussi une passion pour la pop, au point qu’on retrouve dans sa voix, mutine et parfois enfantine, les accents d’une Kate Bush. Si son premier disque Jinx lorgnait la cold wave ou le post-punk, Syzygy explore, lui, une route plus embrumée et synthétique, mais tout aussi passionnante et addictive. À l’image de "Intro", le magistral instrumental ouvrant l’album avec sa petite ritournelle naïve sur laquelle viennent se plaquer des sons synthétiques menaçants. On attend avec impatience la conclusion de cette trilogie singulière. Parions que nous allons continuer à frissonner. Ah, un dernier détail, Dani Shivers se nomme en réalité You Schaffner. Oui, c’est moins joli.

– Patrice Bardot / @patbardot

 

 

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December 26, 2015

Ed Banger

edbanger

On se permet de prendre un temps de respiration… Pour vous dire que cette liste est d’abord parue dans le Tsugi magazine Hors-série nº12, toujours disponible en kiosque et sur notre boutique en ligne.

Meilleurs voeux et bonne lecture.
 
 


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December 26, 2015

Honne

Tsugi-Espoir-2016-Honne
De nos jours, James Blake et Frank Ocean sont devenus des références que beaucoup utilisent pour caractériser le R&B et la soul contemporaine mixés avec une production électronique de préférence mélancolique. Si la formule a fait ses preuves, elle semble aussi pouvoir précipiter rapidement ceux qui l’utilisent aux oubliettes. Le duo britannique Honne, conscient du traquenard, cultive une singularité qui devrait lui permettre l’éviter. Amis de longue date et tous deux professeurs de musique, James Hatcher et Andy Clutterbuck ont pris leur temps avant de publier timidement un premier morceau en 2014, "Warm On A Cold Night". Un titre qui, comme ses auteurs l’indiquent en interview, est leur définition de la bande-son idéale des virées nocturnes en bagnole une nuit d’hiver. Encouragés par l’excellent accueil du public, les deux compères n’ont pas tardé à sortir deux très bons EPs sur Super Recordings, Warm On A Cold Night et All In The Value, qui ont assis leur univers à mi-chemin de la pop délicate et de la soul vibrante. Ces deux cartes de visite en main, le duo a rapidement vu sa cote de popularité grimper, donnant une série de concerts complets à Londres, Paris et Berlin, atteignant la tête des charts de Hype Machine, ou se voyant inviter en première partie de Kwabs. Non contents de faire la quasi-unanimité, James et Andy optent pour l’indépendance et la création de leur propre label, Tatemae Recordings. Et alors que tout le monde fête le travail, ils sortent, le 1er mai 2015, leur troisième EP, Coastal Love avec, en autres, "Didn’t I", un titre qui comprend un sample d’un morceau du même nom du (trop) méconnu Darando, chanteur de funk et de soul des années 60/70. Un EP, Over Love, va encore suivre quelques mois plus tard, puis fin novembre le morceau "Gone Are The Days". Excusez l’énumération, ces messieurs sont prolifiques. Présenter Honne, c’est donc un peu comme enquêter sur le gendre idéal. De la rencontre du duo à l’université il y a sept ans à sa formation officielle fin 2014, ce groupe n’a pas l’ombre d’un défaut et nous promet une riche idylle musicale. Qui devrait rapidement être couronnée par la sortie d’un premier album au printemps 2016.

– Valentin Cassuto / @vcassuto

 

 

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December 26, 2015

Jacques

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Parfois, c’est à se demander si un artiste n’existe que pour se foutre de la gueule des critiques et spectateurs branchouilles. À première vue, la question se pose pour Jacques. Coupe de cheveux monastique, application pour iPhone l’incrustant sur n’importe quelle photo, longues diatribes postées sur Facebook à propos du sens des choses et de l’intérêt de la méditation Vipassana (c’est indien à ce qu’il paraît), vidéos bidouillées sur fond vert… Difficile de savoir ce qui se passe par la tête rasée de Jacques quand il s’annonce musicien, lui qui s’est d’abord fait connaître comme membre du collectif Pain Surprises et intervenant dans les conférences TED. Lui, de la musique ? Eh bien oui. Avec son premier EP Tout est magnifique, Jacques s’est lancé dans la production, utilisant les sons du monde réel (il en fait donc partie !) pour composer quatre titres organiques et surprenants. Avec lui, tout est en effet "magnifique", du klaxon aux portes qui se ferment, en passant par la mastication du chat de son Whiskas ou un bébé qui pleure. Il a présenté son nouveau projet cet été, sur la plage du Glazart, enchaînant les blagues faussement maladroites pour un rendu musical propre, mais pas trop : Jacques maîtrise avec brio le faux cool et le vrai conceptuel, le tout sur une espèce d’électronica industrielle. Depuis, avec une programmation au festival Cabourg Mon Amour et un passage très réussi aux Trans Musicales de Rennes, ce beatnik philosophe, par ailleurs passionné par la symbolique du vortex, semble se prendre au jeu des concerts… Jusqu’à, on l’espère, préparer de nouveaux morceaux. Sur son profil Facebook, rempli de déclarations aussi je-m’en-foutistes que "je bouge nulle part mais je voulais vous prévenir que je décroche plus mon phone et ne réponds plus aux mails, la flemme", le mantra "tout est provisoire" a remplacé l’habituel "tout est magnifique". Le nom d’un prochain EP, peut-être. Peu importe si Jacques fait tout ça pour se foutre de notre gueule : on en veut encore.

– Clémence Meunier / @clem_meunier1

 

 

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December 26, 2015

Lenparrot

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Avec un nom de scène inspiré de "Len Parrot’s Memorial Lift", un morceau du premier album de Baxter Dury, Romain Lallement a posé les bases de son projet. Une histoire qui a commencé pour lui il y a dix ans à Nantes, sous l’égide du collectif Valérie, avec qui il partageait une même passion pour le kitsch "années 80", les jeux d’arcade et une certaine idée de l’avenir "rétrofuturiste". Cet univers est aussi celui du label FVTVR, que Romain Lallement a rejoint en tant que chanteur du groupe Rhum For Pauline, mais également comme claviériste live de Pégase (ex-Minitel Rose et l’un des boss du label). Une soudaine une envie de liberté a poussé Lenparrot à sortir son premier EP, baptisé Aquoibonism (une référence à Dutronc ?), en avril dernier sur le label Atelier Ciseaux. Une petite entreprise parisienne qui héberge notamment J Fernandez et les Canadiens. L’aventure ne s’arrête pas là pour Lenparrot puisqu’un deuxième EP, cette fois intitulé Naufrage (un titre qui n’a, espérons-le, rien de prophétique) ne va pas tarder à sortir. On tient peut-être avec ce garçon le pendant masculin d’une Fishbach ou alors un Passion Pit sans glucose, dépossédé des ornements de son style baroque suite à un carambolage avec les instrus de Johnny Jewel. Un projet bien affûté, qui témoigne du chemin parcouru depuis les compositions, créatives mais potaches, des premières sessions de son groupe Rhum For Pauline. Ces derniers temps, Lenparrot a également travaillé sur un live en français pour une soirée de la Souterraine qui s’est tenue en décembre ainsi qu’à un projet en collaboration avec Tonus, échappé de Pony Pony Run Run. De quoi nous laisser espérer pour bientôt des créations dans sa langue natale, après des reprises de Souchon ou William Sheller passées à la moulinette d’un R&B minimaliste. Des attentes qu’il ne faudra pas décevoir avec Naufrage, dont on sait que la production a été confiée à Maethelvin, l’un des premiers membres du collectif Valérie. Comme pour ne pas oublier que derrière ce projet solo se cache finalement toute une scène.

– Valentin Allain / @doilooksnob

 

 

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December 26, 2015

Hyacinthe

Tsugi-Espoir-2016-Hyacinthe

Futur symbole de la nation comme la chatte à Julie Gayet." Drôle de présentation, mais c’est ainsi que Hyacinthe s’est récemment défini lors d’une émission de France 4 devant un public profane. Si la provocation peut paraître grossière, sous la carapace, ce rappeur de 22 ans est étonnamment plus subtil. Son premier album, Sur La Route de l’ammour 2 : Mémoire de mes putains tristes, sorti fin novembre, en fait la démonstration. Malgré ses difficultés à faire décoller le compteur du nombre de fans sur les réseaux sociaux et par conséquent celui du nombre d’albums vendus, Hyacinthe fait incontestablement partie des figures à suivre en 2016. Il est l’incarnation musicale des préoccupations d’une certaine jeunesse perdue. Aussi désabusé qu’optimiste, celui qui répond "rappeur de gouffre" lorsqu’on lui demande ce qu’il veut faire plus tard n’a "pas d’autre but dans la vie que devenir le meilleur rappeur du monde" la seconde d’après. Hyacinthe reflète le scepticisme de ces adulescents dont l’état d’esprit hésite entre manque de confiance et espoir d’un monde meilleur. Le cul entre deux chaises, Hyacinthe n’évolue pas en solitaire. Il est avant tout membre d’une famille parisienne, DFH&DGB (comprendre : Des faux hipsters et des grosses bites, ça ne s’invente pas), composée de deux autres agités : L.O.A.S. et l’ingénieux producteur Krampf, devenu progressivement le véritable artificier de l’identité bruyante des deux acolytes néoromantiques. De ses productions découle une musique moderne qui s’affranchit des codes et puise autant dans l’eurodance que dans la trap. Dans la mythologie grecque, Hyacinthe est un homme très séduisant. Après une mort accidentelle, une fleur naît de son sang. Notre Hyacinthe, lui, est un jeune homme parmi tant d’autres. Il raconte l’amour et apprivoise la mort ("je suis tellement dans le futur que je suis déjà mort") ; de son rap naît l’idée que l’Histoire se répète inlassablement. Car dans la vie, il y a deux choses inéluctables. La sage-femme met au monde. Le croque-mort met en bière. Entre les deux, les gens se débrouillent. Hyacinthe s’en sort plutôt bien.

– Valentin Cassuto / @vcassuto

 

 

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December 26, 2015

Her

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Méfiez-vous du musicien : cet être fourbe se déguise de bien des façons pour vous tromper. Histoire de nous remettre les oreilles à zéro, le duo français Her reste bien discret sur ses précédentes incarnations. Il est pourtant né de The Popopopops, un groupe d’électro-pop rennais sympathique le temps qu’il dura, sans être totalement inoubliable autrement que pour son nom qu’on avait du mal à écrire sans y mettre un "po" de trop, ou de moins. Un peu comme Sophie qui n’est pas une demoiselle, mais un producteur anglais rouquin et androgyne, Her est un duo composé de deux hommes, Simon Carpentier et Victor Solf. Faut-il pour autant les condamner pour mensonges et faux-semblants ? On préférera leur donner une seconde chance, non pas pour leur propos féministe (des extraits de discours de Nina Hagen ou Scarlett Johansson ouvrent leur EP) un peu étrange quand la pochette de leur disque s’orne d’une magnifique une paire de nichons pointus. Mais plutôt pour la qualité des premiers morceaux de ce nouveau projet. À l’écoute de "Five Minutes", l’inspiration est évidente : Her est une réponse pleine d’aplomb au funk rétrofuturise de Jungle. "Quite Like" garde les guitares funky et joue la carte de la sensualité avec brio et "Union" verse dans la ballade à guitare, mielleuse, mais irrésistible, façon George Michael des années 80. Her peut aussi compter sur le formidable réseau d’accompagnement d’artistes breton : l’EP à peine sorti, le duo partait déjà en tournée estampillée Rencontres Trans Musicales de Rennes. Les deux camarades semblent avoir bien progressé depuis l’époque The Popopopops et avec des influences aussi variées que Frank Ocean, Shuggie Otis ou feu Child Of Lov, on les sent capables de transformer l’essai de ce premier EP déjà fort bien charpenté. Et en écrivant cela, on ne pense pas uniquement à la jeune qui figure sur la pochette du disque.

– François Blanc / @BibouBu

 

 

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December 26, 2015

Et Vous ?

et-vous
Une belle année en musique, c’est avant tout une bonne sélection.
Faites-nous part de vos prédictions pour 2016 avec le #espoirs2016tsugi

 


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10 artistes à suivre en 2016
Bjarki
Money
Quadrupède
Ravyn Lenae
Dani Shivers
Ed Banger
Honne
Jacques
Lenparrot
Hyacinthe
Her
Et Vous ?